représentation pays: Sociprodd Togo est en cours de création

SOCIPRODD au Togo

Contexte humanitaire et axes d’intervention envisagés

Le Togo traverse depuis 2022 une crise de déplacement forcé concentrée dans sa partie septentrionale. Cette note présente la situation, puis identifie les axes sur lesquels une représentation nationale de SOCIPRODD pourrait apporter une contribution utile et distinctive.

I. La situation humanitaire

Une crise née du Sahel, installée dans la durée

La dégradation sécuritaire au Sahel central a provoqué depuis 2022 des déplacements croissants vers les pays du Golfe de Guinée. La région des Savanes, frontalière du Burkina Faso, accueille aujourd’hui plus de 55 000 réfugiés et près de 16 000 personnes déplacées internes. Plus de 1,9 million de personnes sont directement ou indirectement affectées par les conséquences de cette crise.

Cette zone était déjà fragile avant l’afflux : pauvreté chronique, infrastructures faibles, accès limité aux services de base. Elle fait désormais face à une crise aiguë à la fois humanitaire, de protection et de développement.

Le phénomène n’est pas ponctuel mais continu. Après un pic en 2023 avec plus de 23 000 nouvelles arrivées, le pays enregistre au moins 300 demandeurs d’asile chaque mois, sans compter les afflux massifs occasionnels.

Une particularité déterminante : l’accueil hors camp

Le Togo applique une politique nationale d’accueil hors camp. Les personnes déplacées de force ne sont pas regroupées dans des structures dédiées : elles sont hébergées par les communautés togolaises elles-mêmes.

Cette donnée commande tout le reste. La pression s’exerce sur les familles d’accueil et sur les services publics locaux, et les besoins se diffusent bien au-delà des personnes déplacées elles-mêmes. Elle explique aussi pourquoi la réponse ne peut pas se limiter à l’assistance matérielle : ce sont les équilibres sociaux des villages d’accueil qui sont mis à l’épreuve.

Nature et étendue des besoins

Les estimations font état de besoins aigus pour 52 à 53 % des populations dans les zones ciblées. Cinq domaines sont identifiés comme prioritaires : l’accès à l’eau, l’assainissement, la santé, la sécurité alimentaire et la protection.

Conçu à l’origine pour la seule région des Savanes, le dispositif de réponse s’élargit progressivement à d’autres régions vulnérables : la Kara, la Centrale et les Plateaux.

Le dispositif de réponse

Le Plan de réponse conjoint au choc de déplacement forcé 2026-2027 a été lancé le 25 février 2026 à Lomé, sous la bannière du PURS — Programme d’urgence de renforcement de la résilience et de la sécurité des communautés. Doté de 18 milliards de FCFA, il cible directement 433 758 personnes — déplacés internes, réfugiés et communautés hôtes — et vise à stabiliser les régions des Savanes et de Kara, avec l’appui du système des Nations Unies et du HCR.

Le financement le plus récent est intervenu le 4 août 2026 : la Banque africaine de développement a accordé un don de plus de 568 millions de FCFA, mis en œuvre par le HCR en partenariat avec les autorités togolaises. Il prévoit une assistance d’urgence à environ 7 000 personnes, la facilitation de l’accès aux services de base, et la distribution de kits de réhabilitation d’abris et d’articles ménagers à 5 000 nouveaux arrivants.

Une vulnérabilité de fond

Le Togo figure au classement des pays les moins avancés des Nations Unies et la majorité de la population vit sous le seuil de pauvreté. La crise du nord se superpose donc à une fragilité générale, ce qui limite la capacité d’absorption locale et prolonge la durée des besoins.

II. Où SOCIPRODD peut apporter une contribution

la protection juridique reste largement sous-traitée par les acteurs de l’urgence. C’est le cœur de métier de SOCIPRODD.

1. La documentation civile

Une personne déplacée qui a fui sans ses papiers — ou dont les enfants sont nés en déplacement — se retrouve juridiquement inexistante. Pas d’acte de naissance, donc pas de scolarisation ni d’accès aux examens officiels. Pas de pièce d’identité, donc pas d’accès aux dispositifs d’aide, pas de titre sur une terre, pas de recours en cas d’abus. C’est une vulnérabilité qui se transmet à la génération suivante et qu’aucune distribution alimentaire ne résout.

Actions envisageables : sessions d’information sur les démarches d’état civil, accompagnement des familles dans les procédures d’enregistrement tardif des naissances, organisation d’audiences foraines avec les autorités locales, constitution et suivi des dossiers.

2. La médiation entre personnes déplacées et communautés hôtes

L’accueil hors camp signifie que les personnes déplacées vivent chez l’habitant, dans des villages où les ressources étaient déjà comptées. Cette cohabitation, quand elle dure, produit mécaniquement des tensions : accès à l’eau, au bois, aux terres cultivables, aux places à l’école, aux soins.

C’est ici que le positionnement « droits et devoirs » de SOCIPRODD devient un atout distinctif plutôt qu’une formule. La plupart des organisations parlent des droits des personnes déplacées ; peu travaillent simultanément sur ce que chaque partie doit à l’autre.

Actions envisageables : informer les personnes déplacées de leurs droits et de leurs obligations envers la communauté d’accueil, informer les hôtes de ce que prévoient la loi togolaise et le droit international. Une approche qui désamorce des conflits que l’aide matérielle seule contribue parfois à aggraver.

3. Le renforcement des capacités des chefs traditionnels

SOCIPRODD mène déjà au Cameroun un programme de renforcement des capacités des chefs traditionnels pour une meilleure gouvernance locale. Il est directement transposable aux Savanes — et y est même plus pertinent qu’ailleurs.

Dans un système hors camp, ce sont les autorités coutumières qui arbitrent en pratique l’attribution des terres, l’installation des familles et la résolution des différends de voisinage. Les former au cadre juridique applicable aux personnes déplacées, c’est agir sur les décideurs réels du quotidien.

Avantage stratégique : il s’agit d’un programme éprouvé, doté d’une méthodologie existante.

4. Une édition togolaise de FONAREPEV

C’est l’actif le plus directement transférable. La Foire Nationale des Réfugiés et autres Personnes Vulnérables a été conçue exactement pour ce type de contexte : valoriser le savoir-faire des personnes déplacées plutôt que de les traiter uniquement comme des bénéficiaires, et faire se rencontrer société civile locale, organisations internationales et pouvoirs publics.

Une édition dans les Savanes ou à Dapaong répondrait à un besoin réel — la réinsertion économique — tout en produisant ce dont une représentation naissante a besoin : de la visibilité, des contacts institutionnels et une preuve de capacité opérationnelle.

5. La protection des femmes, des filles et des enfants

Les déplacements forcés produisent des situations où les mécanismes de protection s’effondrent : mariages précoces adoptés comme stratégie de survie économique, déscolarisation des filles, violences domestiques et sexuelles sans recours, exploitation du travail des enfants.

L’angle propre à SOCIPRODD n’est pas la prise en charge — d’autres acteurs s’en chargent — mais l’information sur les droits et l’orientation vers les mécanismes de recours existants. Savoir qu’un fait constitue une infraction, savoir à qui s’adresser, savoir qu’un dépôt de plainte est possible : c’est le maillon manquant entre l’existence d’un droit et son exercice réel.