représentation pays: Sociprodd Kenya est en cours de création

I. La situation

Ampleur

Le Kenya accueille plus de 840 000 réfugiés et demandeurs d’asile enregistrés, ce qui en fait l’un des principaux pays d’accueil du continent. La répartition est la suivante : 48,7 % dans le complexe de Dadaab, dans le comté de Garissa ; 37,2 % dans le camp de Kakuma et l’établissement de Kalobeyei, dans le comté de Turkana ; 14,2 % en zone urbaine.

Le complexe de Dadaab, établi en 1991, comptait environ 432 000 personnes en 2025, à plus de 96 % somaliennes. Kakuma et Kalobeyei en accueillaient environ 306 000. Les populations proviennent principalement de Somalie, du Soudan du Sud, du Burundi et de la République Démocratique du Congo.

Une transformation historique en cours : le plan Shirika

C’est l’élément déterminant pour toute organisation souhaitant s’implanter.

Le plan Shirika « se rassembler » en swahili  prévoit la transformation de Dadaab et de Kakuma, de camps de réfugiés isolés en municipalités intégrées administrées par les gouvernements des comtés de Garissa et de Turkana. Le plan s’étend sur douze ans en trois phases, avec une première phase estimée à environ 943 millions de dollars. À terme, les gouvernements de comté reprendraient la fourniture de services aux agences onusiennes et aux ONG, et les réfugiés accéderaient aux systèmes nationaux d’éducation, de santé, d’eau et d’assainissement aux côtés des communautés hôtes.

Le plan s’appuie sur la loi kényane sur les réfugiés de 2021 et sur des cadres antérieurs tels que le programme intégré de développement socio-économique de Garissa, lancé en septembre 2023.

Les critiques

Elles sont documentées et importantes à connaître. Des réfugiés, des communautés hôtes et des organisations de la société civile ont relevé un manque de consultation véritable des réfugiés et des responsables communautaires, des directives de mise en œuvre peu claires, une capacité administrative limitée et la crainte d’une pression accrue sur des services déjà sous-dotés et sous-financés. Dans les comtés de Turkana et de Garissa, des communautés hôtes et des responsables politiques locaux redoutent une charge nette pour les ressources locales et une aggravation des tensions sur l’eau, les pâturages et l’emploi.

La question urbaine

Environ 100 000 réfugiés vivent en zone urbaine, notamment à Nairobi, mais on estime que davantage y résident sans documentation requise. Cette population non enregistrée vit souvent dans la clandestinité, par crainte d’un renvoi vers les camps, et se trouve exposée au harcèlement, à la détention et à l’expulsion faute de papiers.

Financement

Les familles nouvellement arrivées à Kakuma font face à une pénurie alimentaire croissante, les coupes budgétaires réduisant l’aide humanitaire.

II. Où SOCIPRODD peut apporter une contribution

Le contexte kényan présente une particularité remarquable : la transition en cours est avant tout un processus juridique. Passer du statut de résident de camp à celui d’habitant d’une municipalité modifie les droits, les obligations, les titres, l’accès aux services et les recours. C’est un terrain d’éducation juridique d’une ampleur peu commune.

1. L’accompagnement juridique de la transition Shirika

Actions : information des populations réfugiées et hôtes sur ce que change concrètement le passage au statut municipal droits d’accès aux services nationaux, obligations administratives, documentation requise, statut d’occupation des terrains, voies de recours ; appui à la constitution des dossiers ; information sur les droits attachés à la loi de 2021.

Le déficit de consultation identifié par la société civile est précisément le besoin auquel répond une organisation d’éducation juridique. Ce n’est pas une critique du plan, c’est une contribution à sa mise en œuvre;

2. La médiation avec les communautés hôtes

Les craintes exprimées dans les comtés de Turkana et de Garissa portent sur des ressources partagées : eau, pâturages, emploi. Le positionnement « droits et devoirs » s’y applique directement : informer chaque partie de ce qu’elle peut attendre et de ce qu’elle doit à l’autre dans le nouveau cadre.

3. La documentation des réfugiés urbains

La population urbaine non enregistrée est exposée au harcèlement, à la détention et à l’expulsion faute de documentation. C’est un besoin juridique pur : information sur les procédures d’enregistrement, sur les droits pendant l’instruction, accompagnement des démarches.

Point de vigilance : ce travail touche à une population en situation irrégulière. Il doit être conduit en transparence avec les autorités et en coordination avec le HCR, sous peine d’être perçu comme un contournement.

4. La protection des femmes et des enfants

Angle constant : information sur les droits, qualification juridique des faits, orientation vers les mécanismes de signalement et de recours.