représentation pays: Sociprodd Burkina Faso est en cours de création

SOCIPRODD au Burkina Faso

Contexte humanitaire et axes d’intervention envisagés

Le Burkina Faso connaît l’une des crises de déplacement forcé les plus importantes du continent, d’une nature différente de celle observée au Togo : il ne s’agit pas d’un pays d’accueil de réfugiés, mais d’un pays dont la population se déplace à l’intérieur de ses propres frontières. Cette note présente la situation, puis identifie les axes sur lesquels une représentation nationale de SOCIPRODD pourrait apporter une contribution utile et distinctive.

I. La situation humanitaire

Ampleur et composition des besoins

En 2026, environ 4,5 millions de personnes ont besoin d’une assistance humanitaire et de protection, contre 5,9 millions en 2025 — soit une baisse de 24 %. Cette diminution ne traduit pas une sortie de crise mais une évolution de la situation et des méthodes de ciblage : les besoins restent élevés et les capacités d’absorption des communautés d’accueil demeurent dépassées.

Le Plan national de réponse humanitaire 2026, présenté en février 2026 par le ministère de la Famille et de la Solidarité à travers le CONASUR, cible précisément 4 474 321 personnes vulnérables, réparties en quatre catégories :

Catégorie

Effectif

Communautés hôtes

2 236 069

Personnes déplacées internes

1 294 232

Personnes retournées

902 042

Réfugiés

41 979

La catégorie des personnes retournées est la spécificité burkinabè la plus importante pour le positionnement de SOCIPRODD. Plus de 900 000 personnes sont rentrées dans leurs localités d’origine — un mouvement de retour de grande ampleur qui génère des besoins d’un type entièrement différent de ceux du déplacement.

Facteurs de la crise

L’insécurité constitue le moteur principal, mais elle se combine à d’autres chocs : inondations, vents violents, poches de sécheresse et urgences sanitaires. Ces facteurs accentuent la vulnérabilité des groupes les plus exposés — femmes, enfants, personnes en situation de handicap et personnes âgées.

Contraintes d’accès

C’est la différence la plus marquante avec le Togo. Les difficultés d’accès à certaines localités structurent toute la réponse humanitaire. Selon la Commission européenne, environ un million de personnes réparties dans près d’une trentaine de localités soumises au blocus sont concernées par des restrictions qui empêchent l’aide de les atteindre : engins explosifs, contrôles routiers illégaux, attaques contre les infrastructures essentielles, et obligation d’escortes armées imposée par les autorités — les convois armés, utilisés en dernier recours, portant eux-mêmes préjudice à l’acheminement de l’aide.

 

Secteurs les plus touchés

Sécurité alimentaire et nutrition — plus de 2,1 millions de personnes doivent être assistées sur le plan alimentaire en 2026, et plus de 1,3 million d’enfants de moins de cinq ans pris en charge sur le plan nutritionnel.

Santé — plus de 2,1 millions de personnes auront besoin d’une assistance sanitaire.

Éducation — 1 878 344 enfants sont affectés par la crise, avec des conséquences directes sur l’accès à une scolarité régulière. Le pays a connu des fermetures massives d’établissements liées à l’insécurité, particulièrement dans les régions du Sahel, de l’Est et de la Boucle du Mouhoun.

Protection — identifiée explicitement parmi les besoins prioritaires, aux côtés de l’alimentation, de la santé et de l’éducation.

Le contexte de financement

C’est le point le plus contraignant pour toute organisation cherchant à s’implanter.

Au 31 décembre 2025, seulement 33,1 % des besoins de financement de l’année avaient été couverts. En 2025, plus de 155 partenaires humanitaires avaient mobilisé 271,3 millions de dollars, permettant d’assister 1,7 million de personnes.

Pour 2026, le coût total du plan national s’élève à environ 770 milliards de FCFA (1,3 milliard de dollars). Les partenaires humanitaires s’engagent à mobiliser 658,5 millions de dollars — soit environ 364,7 milliards de FCFA — pour assister 2,7 millions de personnes, dont 1,2 million priorisées dans les zones difficiles d’accès.

L’écart entre les besoins évalués et les engagements est considérable, et il s’inscrit dans un contexte international de diminution des financements humanitaires. Une organisation nouvelle arrivant sur ce terrain entre dans un environnement de forte concurrence pour des ressources en contraction.

II. Où SOCIPRODD peut apporter une contribution

Deux espaces restent ouverts et correspondent au métier de SOCIPRODD : la dimension juridique de la protection, et surtout l’accompagnement juridique du retour, qui constitue au Burkina Faso un besoin de très grande ampleur et comparativement peu couvert.

1. L’accompagnement juridique des personnes retournées

Plus de 900 000 personnes sont rentrées dans leurs localités d’origine. Le retour ne clôt pas la crise : il en ouvre une autre, de nature largement juridique. Une famille qui rentre après plusieurs années d’absence retrouve fréquemment sa terre occupée ou revendiquée par un tiers, sa maison détruite ou habitée, ses limites parcellaires contestées. Les repères qui régulaient l’accès au foncier ont parfois disparu avec les personnes qui les détenaient.

Actions envisageables : information sur les droits fonciers et immobiliers applicables, accompagnement dans les procédures de restitution, médiation des différends fonciers en lien avec les autorités coutumières et administratives, documentation des occupations contestées, orientation vers les mécanismes de recours.

Ce champ est central, mesurable, et relève d’une compétence juridique que peu d’organisations humanitaires possèdent en propre. C’est la porte d’entrée la plus solide pour SOCIPRODD au Burkina Faso.

2. La documentation civile

Des centaines de milliers de personnes ont fui sans leurs papiers ; des enfants sont nés pendant le déplacement sans être enregistrés ; des documents ont été détruits avec les habitations et parfois avec les registres d’état civil des communes affectées.

L’absence d’acte de naissance ferme l’accès à la scolarisation et aux examens officiels un enjeu majeur dans un pays où près de 1,9 million d’enfants voient déjà leur scolarité compromise. L’absence de pièce d’identité ferme l’accès aux dispositifs d’aide, à la propriété et à tout recours.

Actions envisageables : sessions d’information sur les démarches d’état civil, accompagnement dans les procédures d’enregistrement tardif des naissances, organisation d’audiences foraines avec les autorités locales, appui à la reconstitution de documents perdus ou détruits.

Articulation avec l’axe 1 : sans documentation civile, aucune revendication foncière n’est recevable. Les deux axes se renforcent et peuvent être présentés à un bailleur comme un programme unique et cohérent.

3. La médiation entre personnes déplacées et communautés hôtes

Avec 2,2 millions de personnes hôtes pour 1,3 million de déplacés internes, la charge de l’accueil pèse massivement sur les communautés. Cette cohabitation prolongée produit des tensions sur l’accès à l’eau, aux terres cultivables, aux places à l’école et aux soins.

Le positionnement « droits et devoirs » de SOCIPRODD y trouve sa pertinence : informer chaque partie de ses droits et de ses obligations envers l’autre, plutôt que de traiter les seuls déplacés comme sujets de droits.

4. Le renforcement des capacités des chefs traditionnels

Le programme déjà conduit par SOCIPRODD au Cameroun est ici doublement pertinent. Les autorités coutumières sont les arbitres de premier recours dans les différends fonciers, qui constituent précisément l’enjeu central du retour. Les former au cadre juridique applicable droit foncier, droits des personnes déplacées et retournées, articulation entre coutume et loi c’est agir sur les décideurs effectifs.

Avantage stratégique : il s’agit d’une méthodologie éprouvée, transposable, ce qui est plus crédible face à un bailleur qu’un dispositif inédit.

5. La protection des femmes, des filles et des enfants

Les déplacements prolongés et les retours dans des localités désorganisées produisent les mêmes ruptures de protection qu’ailleurs : mariages précoces adoptés comme stratégie de survie, déscolarisation des filles, violences domestiques et sexuelles sans recours, exploitation du travail des enfants. Le facteur aggravant burkinabè est la fermeture durable d’établissements scolaires, qui prive les enfants du principal espace de détection et de protection extérieur à la famille.

L’angle SOCIPRODD reste l’information sur les droits et l’orientation vers les mécanismes de recours, non la prise en charge directe.